Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 10:25
21 janvier 2007
"Bien campée sur ses quatre pattes, la croupe rebondie, le dos large et accueillant... la tentation de chevaucher Mimoun, la plus robuste des trois ânes fraîchement débarqués dans la famille, était bien grande. J'exerçai des pressions croissantes sur son dos afin de jauger les réactions de la bête. Impassible, placide, limite apathique. Un bon début en somme. Incapable d'escalader le mètre vingt du garrot de ma seule force herculéenne, je pris une pauv' chaise qui traînait là et qui n'avait rien demandé à personne comme marchepied. La longe passée dans l'anneau du licol comme rêne de fortune, ma monture et moi fîmes fièrement trois mètres au moins, qui nous menèrent directement à l'étable protectrice. Je descendis avec la grâce d'une amazone, grisée par le vent qui avait follement fouetté mon visage (mais ça, c'était la veille, à cause de la tempête). Puis je me vantai bigophoniquement de mon exploit à mon oncle et néanmoins propriétaire des six grandes zoreilles.
Le dimanche, tel saint Thomas, le tonton voulut voir de ses yeux mes talents de cavalière asine. "Ben, bof, j'le sens pas, mmmmm, rho la la, bof." lui dis-je avec mon à-propos habituel. "Mais si, mais si." me répliqua-t-il avec entêtement. "Bon", fis-je après avoir résisté longuement, trente secondes, environ. Dans les douces effluves de paille imbibée de crottin et de pisse, nous nous rejouions i'm back in the saddle again, sauf qu'il n'y avait pas de selle, et que l'échine de l'ânesse me rentrait dans les fesses... ah les joies de la monte à cru! Nous sortîmes tous les trois, à la lueur d'un beau jour de janvier (hum), au rythme d'un pas tranquille.
Notons pour la suite, qui ne va pas tarder, par définition, que je n'avais pas eu la présence d'esprit de me confectionner des rênes.
Nous avions vaillamment parcouru une dizaine de mètres quand Arthur  vint mettre un peu de piquant à cette aventure sans aucun intérêt jusque là. Mu par une jalousie maladive, il se mit à harceler notre équipage. En des circonstances normales, l'ânesse aurait remis le fâcheux en place par un coup de sabot bien ajusté. Mais avec une passagère clandestine sur le dos - jamais personne ne lui avait fait l'offense de poser sur elle son postérieur - elle s'affola et se mit au petit trot puis accéléra l'allure. Je n'eus même pas le temps d'avoir une pensée émue pour le petit Jérémy, rencontré lors d’une balade à cheval pour touristes lors de vacances au Pays Basque, et de comprendre enfin ses frayeurs sur son pottok rebelle, au son de ses cris déchirants et de ses appels désespérés à la monitriiiiiice. Mais moi, pleine de dignité, je ne criai pas. Je n'en eus pas l'occasion car l'infâme bestiole, la bougre d'ânesse pila net au fond du terrain. Vol plané au dessus de sa tête qu'elle avait judicieusement baissé, je m'écrasai, tel un Boeing détourné, sur le sol boueux. L'oncle, vaguement inquiet, s'enquit de ma santé (au bas mot, cinquante côtes cassées, l'ensemble de mes poumons perforés, sans doute une hémorragie interne. Mon pronostic vital est sérieusement engagé). "Ca va." fis-je avec bravitude, pliée en deux, tremblante, le souffle coupé. Je refreinai l'envie de pleurer en contenant mes larmes dans le tréfonds de ma gorge, même si, physiologiquement parlant, le fait était peu probable, moi, je savais qu'elles étaient là. Le tonton, infirmier de son état, ne se satisfit point de ce diagnostic et me questionna d'un "T'es sûre?" très professionnel (mes côtes ne sont pas brisées, mais fêlées, ça ne fait pas un pli. Mes poumons, quant-à eux, se remplissent à nouveau du bon air vivifiant d'***, l'hemorragie, elle, s'est miraculeusement stoppée). "Ouais ouais." répondis-je, des sanglots dans la voix (faut pas pleurer, faut pas pleurer, je suis une warrior.). "Bon, ça va alors." (merde, je ne suis même pas blessée, si ce n'est dans mon amour propre).
Faire une chute de cheval, ça a quelque chose de glamour, un peu comme se planter en Porsche. Ca a de la gueule (Toulouse-Lautrec et James Dean m'auraient traitée de pauvre conne, mais ils ne le peuvent plus, ah ah ah).
Mais se casser la gueule d'un âne, c'est aussi naze que de se vautrer dans un fossé avec une 4 ailes.
La honte
Et pas une seule égratignure à monter en épingle, à valoriser dans mes conversations mondaines.
La honte.
Pourtant, avec mes proportions à moi, et ses proportions à elle, ça aurait pu le faire.
La honte."
Quelques jours plus tard, je pris une de ces fameuses Grandes Décisions dont j'ai le secret : apprendre les bases de l'équitation avec la plus noble conquête de l'Homme, avant de m'attaquer à sa plus têtue.
Par la muletière - Publié dans : Ulsan des villes
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Commentaires

Je me souviens que tu m'avais narré cet épisode "malheureux"... Ouf, tu n'avais rien eu de cassé physiquement... Et la honte, elle disparait,... à 60°C... et sans pré-lavage...
Commentaire n°1 posté par Rocambole le 10/02/2009 à 20h29
Je vais essayer ça sans plus tarder. Quel programme je choisis? Quotidien?
Réponse de la muletière le 10/02/2009 à 20h53

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