Nous avons autour de nous un tas de miroirs qui nous renvoient une image globale de notre petite personne : les collègues, les amis, les conjoints, la famille… Ces miroirs là me donnent une image regardable. Pas exceptionnelle, mais regardable. Mais ces miroirs là se brisent en mille morceaux face au plus puissant miroir de mon entourage : Ulsan. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi je lui donne une telle importance : peut-être parce que c’est un animal et qu’elle ne ment pas ? Bref, hier soir, elle m’a renvoyé ces mots, en lettres capitales, en pleine face : INCOMPETENCE, MANQUE DE SERIEUX.
Tiphanie et moi avions prévu une petite balade au pas au village. Il faut l’avouer, j’étais un peu stressée puisque cela fait deux mois que je ne suis pas sortie avec ma mule. Je suis donc arrivée une heure avant à la ferme pour détendre Ulsan dans la petite carrière. Je suis allée cueillir ma belle au paddock. Après avoir passé le petit portique, une bâche a claqué dans le vent et la mule a pris peur. J’ai essayé de ne pas la lâcher… mais bon, j’ai perdu. Je l’ai vite rattrapée, elle s’est vite rebarrée. A nouveau attrapée… à nouveau sauvée. Grrrr. Et là, c’est devenu un joyeux bazar quand la mule a galopé à travers toute la cour. Jennifer, la femme de François, est venue à la rescousse en se plaçant à l’entrée de la cour. Des gamines armées d’un saut de granulé appelaient la fugueuse. La chienne Ibi coursait un peu la mule pour le fun. Quand parfois la mule s’arrêtait, elle repartait comme une folle quand je voulais reprendre la longe. Je commençais à fulminer, mais l’apothéose a été atteinte quand monsieur V., heureux propriétaire de la ferme, m’a crié à peu près ceci : « Va falloir que tout ça s’arrête, ça commence à bien faire, elle abime la pelouse !». Je lui ai craché une ou deux amabilités avant de repartir, rage au ventre, larmes aux yeux, à la chasse à la mule. Je l’ai chopée… et je me suis vautrée quand elle m’a de nouveau échappée. J’étais devenue une vraie gonzesse en pleine crise de nerf. Jennifer m’a de nouveau aidée quand j’ai rattrapé la mule. Je lui ai refilé la longe, je ne pouvais plus rien maîtriser. On a mis Ulsan au box, je suis allée faire un tour pour tenter de me calmer, j’en ai profité pour envoyer un texto à Tiphanie : « J’ai plus envie de balader ! ». De retour aux écuries, Ulsan m’a gentiment appelée. Je ne lui en voulais même pas, mais punaise, que je me détestais, que je me trouvais nulle. Il y avait plein de cavalières autour de moi, pleines de sollicitude et je chialais et rigolais à la fois. Crotte de bique, ça m’énervais de me montrer si faible ! Je ne suis pas une vraie fille : je ne sais pas me fringuer, je ne sais pas me coiffer, je ne me maquille pas, j’explose tous les verres quand je fais la vaisselle, je ne fais jamais de shopping en ville… mais je chiale. J’ai fini par me maîtriser un minimum et j’ai sorti la mule pour la panser. François est arrivé. Rechialade/rigolade le temps d’expliquer les mésaventures. Il est allé chercher une grande longe, il l’a attachée au licol en plus de ma longe et il m’a proposé d’aller le long des paddocks. Grosse angoisse à l’idée de sortir, mais il le fallait. Je tenais la longe, François, un peu en retrait, tenait la longe de secours au cas où. Ulsan s’est à peu près tenue à carreau jusque le bas des paddocks et elle a commencé à me dépasser. François m’a expliqué des choses que je savais, mais que je n’arrivais même plus à faire. On prévient d’un coup sec de la longe et si elle dépasse, coup de longe sur le bout du nez. On a remonté les paddocks et j’ai dû sévir une fois. Nouvelle angoisse après le portique. Ulsan commençait à faire l’andouille, j’ai sévi, elle a arrêté. Nous avons refait le chemin inverse et c’était nickel : retour aux écuries. Notre moniteur est vraiment un type bien : « A chaque problème sa solution, s’il le faut, on prendra du temps, mais on va régler ça ». Les bons mots au bon moment. Je me sentais mieux, j’ai brossé une mule qui ne bougeait pas d’un poil. Tiphanie est arrivée. Je n’étais pas encore assez sûre de moi au point d’aller me balader et je voulais finir sur une bonne note avec Ulsan. Une balade à pied au village pour accompagner Tiphanie sur Vénus était parfaite. La petite jument a été adorable, parfois un peu vive mais rien de méchant. Au retour, après le passage à niveau, Tiphanie m’a proposé de monter. Vénus a été impeccable !
La prochaine balade se fera avec Ulsan. Mais j’ai fait un sérieux pas en arrière côté confiance en moi avec la mule. Je crois que je vais beaucoup solliciter François dans les jours à venir ! En espérant que mon petit miroir roux et poilu me dise un jour que je suis la plus belle, uh uh uh !
Ce matin, j’étais
encore un peu barbouillée, mais plus en forme que la veille. Messaline, Maryse et moi nous sommes retrouvées à la ferme comme convenu. Nous avons préparé nos montures, notre moniteur a enfermé sa
chienne, et zou, en voiture Simone ! Dès la sortie de la cour, Happy a fait un petit galop sur place parce que des cônes de chantier s’en étaient pris à lui. Ulsan n’en avait cure et elle
est passée comme une fleur. Petite Rivière regardait mais ne s’affolait pas. Au passage à niveau, deuxième embrouille : Maryse avait traversé, Messaline était sur la voie et moi encore bien
derrière quand le signal s’est mis en route. Heureusement, Messaline est revenue vers moi. Ulsan était en semi panique parce qu’elle ne voyait plus Happy Boy, et je n’ose pas imaginer son état si
elle avait été séparée des deux chevaux le temps que le train passe ! Nous nous sommes retrouvées saines et sauves de l’autre côté de la barrière et avons tranquillement continué notre
chemin dans le village. Nous avons pris la petite côte à gauche et en haut, les filles se sont mises au trot tandis qu’Ulsan suivait au petit galop. Chaque fois que j’arrivais dans les fesses
d’Happy, je repassais au trot et chaque fois que nous nous en éloignions, nous les rattrapions au galop. Sur le goudron, nous sommes repassées au pas. Aucune panique de la part de nos équidés
quand deux motos cross nous ont croisés. Idem avec un tracteur un peu plus loin.
Au bout de ce
chemin, nous avons repris le pas pour terminer la balade dans le calme. Ulsan était rincée et se trouvait à nouveau loin derrière les chevaux. Elle a un peu fait l’andouille pour les rattraper
puis s’est vite calmée. Nous étions presque arrivées au village quand nous avons aperçu un 4X4 tractant une remorque. Au lieu de nous attendre à l’intersection, il est venu à notre rencontre.
Heureusement, nos braves montures n’ont pas moufté quand nous avons frôlé la voiture. Fin de balade tranquille et assez lente dans mon cas. Nos équidés étaient en sueur et Ulsan a eu le droit
d’inaugurer sa belle couverture polaire, ce qui a fait dire à Maryse une méchanceté du genre « Avec ça, elle a l’air docile ». Ah, c’est moche la jalousie !

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