Mardi 20 janvier 2009 2 20 /01 /Jan /2009 20:48

Je n'ai pas su attendre mercredi. J'ai pris le téléphone et composé le numéro. Il a décroché. Je lui ai dit que j'étais venue voir la mule samedi. J'angoissai, le temps d'une microseconde, me rejouant les mille versions de notre conversation imaginées depuis dimanche, jour de La Grande Décision.

Version 1, catastrophique :

Lui : La mule, elle est déjà vendue.

Moi : Nooooooooooooooooooooonnnnnnnnnnnnn !!!!!!!!

Version 2, bouchère :

Lui : La mule, à cause de la récession et d'cette période de vache maigre, on en a fait du saucisson.

Moi : Nooooooooooooooooooooonnnnnnnnnnnnn !!!!!!!!

Version 3, SF :

Lui : La mule, l'a été enlevée la nuit dernière, emportée par une soucoupe cigaroïdale.

Moi : Nooooooooooooooooooooonnnnnnnnnnnnn !!!!!!!!

A ma grande surprise, il m'a simplement reconnue et a compris immédiatement que je la prenais. Son instinct de jeune maquignon ne l'avais pas trompé : une proie tombée dans le fil soyeux d'une jolie boule de poils à grandes zoreilles, elle négociera pas le prix d'arrache pied (là-dessus, je me défends, j'ai aligné au moins deux trois arguments hyper percutants). Quelques aspects techniques plus loin, je lui ai délivré le nom choisi pour mon élue : Ulsan, nom d'une ville coréenne (j'imagine un habitant du pays des matins calmes appelant son toutou Dourges parce que ça sonne français? craignos). Il me la livrera avant le week-end ! Panique à bord, la petite suit encore sa mère et n'a pas été manipulée et n'a pas l'habitude du licol.

Comment les ânes de la famille l'accueilleront-ils ?

Comment réagira-t-elle avec nous ?

Comment Obama abordera-t-il son mandat ?

Vous saurez tout, ou presque, en suivant les aventures de U la Mule.

Par la muletière - Publié dans : Ulsan des villes
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Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 14:02

Comment a germé dans ma tête cette graine de mulet ?

Des spécialistes de la question, venus du monde entier, se sont penchés sur le problème durant de nombreux mois. Ils ont enquêté, interrogé les membres de ma familles saoulés de mes éloges incessants de La Mule (The Mule in english) et ont fouillé mes poubelles pour conclure que cette fameuse petite graine est issue de l’union d’un certain nombre d’événements, s’enchaînant en cascade, et dont le battement d’aile d’un papillon ne serait pas étranger.

Tout, donc, semble remonter au jour où la ferme familiale et néanmoins citadine devint orpheline. Mon grand-père mort, ma grand-mère de cœur partie rejoindre ses vrais enfants, après un siècle d’existence, la pauvre ferme se retrouva sans âme qui vive.

L’été suivant, ma mère et moi divaguions sur les routes du Pays de Galles en la compagnie radiophonique d’Hervé Pochon qui lui divaguait sur le chemin Stevenson en la compagnie de l’ânesse Sardane. A plus d’un millier de kilomètres de là, mon oncle se délectait lui aussi de l’émission. Nous ignorions qu’un heureux événement grandissait dans le giron de nos cerveaux… Il naquit quelques mois plus tard, vers la fin octobre, quand Arthur, petit âne hongre de trois ans et demi fit son apparition dans notre monde et vint égayer de nouveau la ferme esseulée. Une naissance à la vie asine qui ne se fit pas sans douleurs. Nous n’y connaissions rien aux équidés, et l’animal – difficile à maîtriser, un peu fougueux sur les bords et au milieu – nous donna du fil à retordre. Bientôt, nous arrivâmes à lui passer le licol sans se prendre de ruades et entamâmes quelques balades épiques dans notre ville minière. Arthur apprit à vaincre ces serpents de rails et traverser les voies ferrées les sabots dans le naseau, puis il dompta les monstrueuses et avides  bouches d’égouts aux dents acérées. Mais il s’ennuyait le reste du temps. On lui confia la compagnie d’une jeune brebis, malgré les mises en gardes des bourricotiers… il nous la tua en jouant.

« L’âne est un animal grégaire, il lui faut donc la compagnie d’autres ânes », telle était l’affirmation péremptoire des connaisseurs.

Il faudrait un jour en prendre compte….

Par la muletière - Publié dans : Ulsan des villes
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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 18:33

Animal grégaire.

Bon.

Soit.

Notre nouveau sport dominical préféré fut la compulsion des petites annonces de la Voix du Nord. Nous nous arrêtâmes sur l’une d’elle. On y proposait deux ânesses. Il fut décidé que nous n’en prendrions qu’une. Nous allâmes les voir dans leur cadre idyllique, par un matin de janvier : une charmante maison entourée d’un immense terrain au milieu duquel trônait un étang où  pataugeaient des canards de collection. Les deux demoiselles – une mère et sa fille – avaient été achetées en même temps que la propriété, n’avaient pas de nom, pas d’âge et n’avaient  jamais quitté leur pâture. Nous avions fait le choix de prendre la mère, plus sociable aux dires du proprio, car elle calmerait sans doute notre remuant Arthur. Au fur et à mesure de la visite, des pourparlers commencèrent : soutenue par ma mère, je négociai pour que mon oncle ne séparât point la mère de sa progéniture. Nous conclûmes un fameux deal avec le vendeur et repartîmes avec deux ânesses pour le prix d’une !

Durant les semaines qui suivirent, elles se montrèrent farouches et refusaient de franchir une barrière imaginaire dans la cours. Nous comprîmes la signification du verbe « planter » en langage asin. Mais le mot « patience » en fait également partie et le déblocage survint : Pink (le nom fut finalement retrouvé) décida de suivre Arthur dans ses pérégrinations citadines. Mimoun, son inséparable fille, la suivit.

Tout aurait pu être parfait si je n’avais découvert entre temps le vol plané à dos d’âne…

Par la muletière - Publié dans : Ulsan des villes
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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 10:25
21 janvier 2007
"Bien campée sur ses quatre pattes, la croupe rebondie, le dos large et accueillant... la tentation de chevaucher Mimoun, la plus robuste des trois ânes fraîchement débarqués dans la famille, était bien grande. J'exerçai des pressions croissantes sur son dos afin de jauger les réactions de la bête. Impassible, placide, limite apathique. Un bon début en somme. Incapable d'escalader le mètre vingt du garrot de ma seule force herculéenne, je pris une pauv' chaise qui traînait là et qui n'avait rien demandé à personne comme marchepied. La longe passée dans l'anneau du licol comme rêne de fortune, ma monture et moi fîmes fièrement trois mètres au moins, qui nous menèrent directement à l'étable protectrice. Je descendis avec la grâce d'une amazone, grisée par le vent qui avait follement fouetté mon visage (mais ça, c'était la veille, à cause de la tempête). Puis je me vantai bigophoniquement de mon exploit à mon oncle et néanmoins propriétaire des six grandes zoreilles.
Le dimanche, tel saint Thomas, le tonton voulut voir de ses yeux mes talents de cavalière asine. "Ben, bof, j'le sens pas, mmmmm, rho la la, bof." lui dis-je avec mon à-propos habituel. "Mais si, mais si." me répliqua-t-il avec entêtement. "Bon", fis-je après avoir résisté longuement, trente secondes, environ. Dans les douces effluves de paille imbibée de crottin et de pisse, nous nous rejouions i'm back in the saddle again, sauf qu'il n'y avait pas de selle, et que l'échine de l'ânesse me rentrait dans les fesses... ah les joies de la monte à cru! Nous sortîmes tous les trois, à la lueur d'un beau jour de janvier (hum), au rythme d'un pas tranquille.
Notons pour la suite, qui ne va pas tarder, par définition, que je n'avais pas eu la présence d'esprit de me confectionner des rênes.
Nous avions vaillamment parcouru une dizaine de mètres quand Arthur  vint mettre un peu de piquant à cette aventure sans aucun intérêt jusque là. Mu par une jalousie maladive, il se mit à harceler notre équipage. En des circonstances normales, l'ânesse aurait remis le fâcheux en place par un coup de sabot bien ajusté. Mais avec une passagère clandestine sur le dos - jamais personne ne lui avait fait l'offense de poser sur elle son postérieur - elle s'affola et se mit au petit trot puis accéléra l'allure. Je n'eus même pas le temps d'avoir une pensée émue pour le petit Jérémy, rencontré lors d’une balade à cheval pour touristes lors de vacances au Pays Basque, et de comprendre enfin ses frayeurs sur son pottok rebelle, au son de ses cris déchirants et de ses appels désespérés à la monitriiiiiice. Mais moi, pleine de dignité, je ne criai pas. Je n'en eus pas l'occasion car l'infâme bestiole, la bougre d'ânesse pila net au fond du terrain. Vol plané au dessus de sa tête qu'elle avait judicieusement baissé, je m'écrasai, tel un Boeing détourné, sur le sol boueux. L'oncle, vaguement inquiet, s'enquit de ma santé (au bas mot, cinquante côtes cassées, l'ensemble de mes poumons perforés, sans doute une hémorragie interne. Mon pronostic vital est sérieusement engagé). "Ca va." fis-je avec bravitude, pliée en deux, tremblante, le souffle coupé. Je refreinai l'envie de pleurer en contenant mes larmes dans le tréfonds de ma gorge, même si, physiologiquement parlant, le fait était peu probable, moi, je savais qu'elles étaient là. Le tonton, infirmier de son état, ne se satisfit point de ce diagnostic et me questionna d'un "T'es sûre?" très professionnel (mes côtes ne sont pas brisées, mais fêlées, ça ne fait pas un pli. Mes poumons, quant-à eux, se remplissent à nouveau du bon air vivifiant d'***, l'hemorragie, elle, s'est miraculeusement stoppée). "Ouais ouais." répondis-je, des sanglots dans la voix (faut pas pleurer, faut pas pleurer, je suis une warrior.). "Bon, ça va alors." (merde, je ne suis même pas blessée, si ce n'est dans mon amour propre).
Faire une chute de cheval, ça a quelque chose de glamour, un peu comme se planter en Porsche. Ca a de la gueule (Toulouse-Lautrec et James Dean m'auraient traitée de pauvre conne, mais ils ne le peuvent plus, ah ah ah).
Mais se casser la gueule d'un âne, c'est aussi naze que de se vautrer dans un fossé avec une 4 ailes.
La honte
Et pas une seule égratignure à monter en épingle, à valoriser dans mes conversations mondaines.
La honte.
Pourtant, avec mes proportions à moi, et ses proportions à elle, ça aurait pu le faire.
La honte."
Quelques jours plus tard, je pris une de ces fameuses Grandes Décisions dont j'ai le secret : apprendre les bases de l'équitation avec la plus noble conquête de l'Homme, avant de m'attaquer à sa plus têtue.
Par la muletière - Publié dans : Ulsan des villes
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Dimanche 25 janvier 2009 7 25 /01 /Jan /2009 10:07

Voilà une semaine que je pris la Grande Décision d’acheter la mule U.           

Samedi dernier, nous l’avons découverte dans son contexte (les dépendances aux allures délabrées d’une ferme, sous une pluie glaciale donnant une touche finale à ce sinistre tableau) accompagnant sa mère, une étrange « jument-ponette » alezane, très porteuse et courte sur pattes.

J’étais venue avec mon habituelle petite famille (ma mère et mon oncle) et avec Pascal, mon compagnon. Pour un autre groupe d’acheteurs potentiels, les éleveurs-vendeurs avaient sorti un bel Haflinger et un superbe Fjord. Comparant ce dernier avec mon petit animal sans encolure et maladroit sur ses grandes guiboles, mon oncle me demanda si je ne voulais pas changer d’avis. Tête de mule que je suis, j’ai dit « nan ».

L’après-midi même, je galopai (en voiture) jusqu’à mon centre équestre préféré pour consulter notre Grande Prêtresse de l’Equitation : Séverine. Après lui avoir fait les offrandes d’usage et brulé dix cierges à sa gloire, je la suppliai de m’accorder quelques minutes sur le cours qu’elle dispensait. Dans sa grande générosité, elle accepta, et je lui montrai les photos de la mule. Je posai quelques questions, elle me rassura et donna sa bonne parole : « Tu as la place, tu as l’argent, alors vas-y ».

Alléluia !

Et nous voici vendredi 23 janvier 2009, la mule est arrivée dans la ferme familiale. Je signe avec émotion le certificat de vente : elle est à moi !

La mère d’Ulsan se trouve encore dans le camion, elle appelle sa fille qui lui répond par un déchirant « brainissement ». Le camion part. La mule est très agitée, elle trotte, galope, brainit et rue à tout va. Les ânesses sont perplexes et Arthur retrouve la folie de ses débuts. J’aimerais rester, mais je dois partir. Mon oncle me rattrape : la mule s’est (déjà !) sauvée et elle inspecte tranquillement la cours. Aucune effraction, aucune porte ouverte : elle a donc sauté le bon mètre du grillage ! Il faut tout rehausser, sous le regard accablé de la fugueuse.

Un peu rassurée, je pars pour de bon, attendant avec impatience de revoir mon petit monde à grandes zoreilles.

Par la muletière - Publié dans : Ulsan des villes
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  • : Les aventures d'une muletière inexpérimentée, et de sa jeune mule Ulsan.
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Sites

http://www.bourricot.com/
LE Site des longues zoreilles. Plein de bons conseils et d'humour (voir les Question au Professeur Asinus), ce site, souvent imité mais jamais égalé, est une référence en son genre.

http://www.mulinette.ch/1001.html
Un beau site assez complet sur les mules, leur achat, leur éducation, leurs races...

http://monamiranzo.over-blog.com
Parce qu'il parait qu'il n'y a pas que les mules dans la vie, il y a aussi Ranzo, le cousin d'Ulsan. Il a plus d'éducation que cette dernière (c'est un grand, il a déjà 4 ans!), mais y'a core du boulot, et c'est ce que narre Manue ma belle soeur dans ce blog.

Forum

http://www.bourricot.com/phpBB2/
Le forum du site Bourricot.com. Acheter un âne, soins aux ânes, loger son âne, santé de l'âne, faire un ânon, éducation, l'âne et la loi, randonner avec un âne, l'âne au travail, adoption, profession : ânier.

http://mulinette-romandie.all-up.com/forum.htm
Le forum du site de la mulinette. Il est particulièrement convivial, sympathique et riche. Equitation à dos de mule, soins et divers, la grange à papotte

http://mulesetmulets.forumactif.net/forum.htm
Le forum des mules et des mulets. Un peu plus récent que les deux précédents, donc un peu moins riche, mais très intéressant! Présentations muletières, élevages, mulets à vendre, hybrides à vendre et dates de manifestations muletières.

Saines lectures

Mules et mulets des animaux d'exception, d'Eric Rousseaux
Un très beau livre richement illustré (vieilles cartes postales, dessins, gravures, timbres ou photos actuelles)sur l'histoire de l'industrie mulassière. Le texte, parfois un peu rébarbatif mais très documenté, est ponctué d'extraits littéraires (Alphonse Daudet avec la mule du pape ou encore Victor Hugo en voyage dans les Alpes et les Pyrénées...). Très vivement recommandé!

Mon âne: le comprendre, l'éduquer, jouer avec lui, de Lucie Bland

Ce livre, simple, précis, intelligent, et bien illustré, a été écrit par une jeune fille de 15 ans. J'adore ses méthodes d'éducation, basées sur le respect et la confiance réciproque entre l'ânier et son âne. A mettre d'urgence dans toutes le biblitohèques asines.

Les cahiers de l'âne
La revue des bourricots. Quel dommage qu'elle ne paraisse que tous les deux mois... Et depuis les deux derniers numéros, on peut retrouver un dossier sur les mules!

Voyage avec un âne dans les Cevennes, de Louis Robert Stevenson
En plein questionnement amoureux, l'auteur de L'île au trésor (que je n'ai même pas lu, honte à moi), décide d'aller réfléchir au grand air. Il part donc dans les Cévennes, à la recherche de l'histoire des Camisards. Il prend comme porte-bagage Modestine, une ânesse pas super obéissante (une ânese quoi) qui se prend pas mal de coups dans la tronche. Le courant finit par passer, mais leur belle histoire se finit par la vente de Modestine à l'issue du périple.

Mon amie Flicka et Le fils de Flicka, de Marie O'Hara
Je suis pasée à côté durant mon adolescence. Il faut dire que celle-ci n'a pas été bercée par l'amour des chevaux. Heureusement que Manue, ma belle soeur, et Hélène, ma topine, étaient là pour combler cette insoutenable lacune. Elles m'ont filé les bouquins. Je m'attendais à un truc mièvre et enfantin, et j'ai été agréablement surprise par la rudesse de ce récit. Ma petite U - pas super bien proportionnée il faut bien l'avouer - est-elle comme le Gnome? Je l'espère!

La Grande Histoire du Mulet, d'Adolphe Guénon
Ecrit en 1899 par un officier vétérinaire de l'armée française et réarrangé un peu en 1999 par Jacques Clouteau, le célèbre "papa" de l'âne Ferdinand (Cf le site Bourricot), et acheté dix ans plus tard par la muletière chez une bouquiniste belge, ce livre recèle mille et une anecdotes à la gloire de ce "porte-bât" et ce "philosophe" qu'est le mulet. Animal intelligent, au pied sûr et au sang-froid remarquable, il sait attendre patiemment qu'on vienne lui retirer sa charge pour se dépétrer de toute sortes de situations périlleuses. Ses seuls défauts : un physique ingrat (même si l'auteur admet qu'il existe de beaux modèles) et sa voix ("Quand on a un tel organe, on le cache). Bref, cet ouvrage est à mettre à l'honneur dans notre bibliothèque asine.

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